Utopiales 2025 : "Au-delà du réel : chronique d'une anthologie culte"

Créateurs : Leslie Stevens 

 

Guest Stars : Donald Pleasence, William Shatner, Robert Duvall, Robert Culp, Martin Landau

 

Musique : Dominic Frontiere

 

Production : 49 épisodes (2 saisons) diffusés de 1963 à 1965 sur ABC

 

 

« Ce n'est pas une défaillance de votre téléviseur. N'essayez donc pas de régler l'image. Nous maîtrisons à présent toutes les retransmissions. Nous contrôlons les horizontales et les verticales ! ».  

Silver Screen revient sur l'Anthologie culte "Au-delà du réel", présenté au Festival Les Utopiales dans le cadre de la récente restauration des épisodes. 

Cinq épisodes ont été diffusés dans des conditions cinéma : "Ne quittez pas l'écoute" (épisode 1), "Les 100 jours du dragon" (épisode 2), "L'homme qui détenait la puissance" (épisode 4), "Le facteur humain" (épisode 8), "La visite des luminois" (épisode 29). 

 

 

 

LES ORIGINES DE LA SERIE

 

C'est en 1963, sur la chaîne américaine ABC que la série télévisée "Au-delà du réel" apparaît pour la première fois sur les ondes hertziennes. A l'époque, "La Quatrième Dimension", la célèbre anthologie de Rod Serling est menacée d'interruption. Le producteur Leslie Stevens  propose alors une alternative aux amateurs du genre, une anthologie mélangeant fantastique et horrifique. Diffusée durant deux ans, la série imaginée par Leslie Stevens et supervisée sur le plan artistique par Joseph Stefano (le scénariste de Psychose d’Hitchcock) a ouvert une brèche, à la fois philosophique et sensorielle, dans l’écran cathodique des foyers américains.

 

L'épisode pilote de la série
L'épisode pilote de la série

Tournée en noir et blanc, la série se distingue par une esthétique à la limite du cauchemar. L’équipe de production, emmenée par le directeur de la photographie Conrad L. Hall (futur chef opérateur oscarisé de American Beauty), baignait les décors d’ombres mouvantes et d'ingénieux effets de lumière. Le résultat évoque parfois le cinéma d’horreur gothique et les classiques de science-fiction de l'époque. 

 

Les effets spéciaux inventifs et les maquillages conçus par Wah Chang (le créateur des célèbres tricordeurs de Star Trek) confèrent à chaque épisode une atmosphère étrange et inquiétante. Les monstres d'"Au-delà du réel" sont des métaphores. De la folie des hommes, de la science incontrôlée, de la tendance des hommes à se croire tout puissants : l'anthologie est toute entière parcourue par les descendants du Dr Frankenstein.  A une époque où plane la menace atomique, l'angoisse transpirant de la plupart des épisodes est palpable. 

 

I
"Ce n'est pas une défaillance de votre téléviseur"

 

UNE SERIE SE DISTINGUANT DE LA QUATRIEME DIMENSION

 

Alors que La Quatrième Dimension de Rod Serling jouait sur les fables morales, "Au-delà du réel" plongeait plus frontalement dans l’angoisse existentielle née de la science moderne. Ici, pas de narrateur apparant à la Rod Serling, mais une voix autoritaire, presque divine, qui annonçait dès le générique :

« Ce n'est pas une défaillance de votre téléviseur. N'essayez donc pas de régler l'image »

 

Cette phrase, devenue culte, résume toute la philosophie de la série : l’humain n’est plus maître de sa propre perception. Les créatures, les machines et les phénomènes cosmiques que l’on découvre dans chaque épisode ne sont pas de simples monstres, mais les reflets de nos peurs les plus profondes : la perte d’identité, la mutation, l’incommunicabilité, le dépassement des frontières morales de la science.

 

Si "Au-delà du réel "est souvent comparée à La Quatrième Dimension, elle s’en distingue par un ton plus dramatique, presque tragique. Là où Serling privilégiait la morale et la surprise, Stevens et Stefano cherchaient la terreur métaphysique. Chaque scénario devenait une méditation sur le destin de l’homme face à l’inconnu. Le monstre n’était jamais pure menace, mais miroir de la condition humaine.

 

La série a aussi osé des épisodes politiquement audacieux pour l’époque, abordant la guerre froide, le racisme ou la peur de la bombe atomique sous des métaphores de science-fiction. Ce sous-texte, dissimulé sous des carapaces d’aliens et des oscilloscopes, fait d’"Au-delà du réel "une œuvre profondément humaniste.

 

"Au-delà-du-réel"  a davantage vieilli que "La quatrième dimension" dans la mesure où ses épisodes reposent davantage sur les effets visuels et de maquillage que son illustre prédécesseur. Elle demeure malgré tout une étape majeure de la science-fiction ouvrant la voie à "Star Trek". Parmi les épisodes présentés dans le cadre des Utopiales, l’épisode pilote se distingue particulièrement : il met en scène la tentative de communication entre un scientifique et un extraterrestre originaire de la galaxie d’Andromède, un thème abordé avec une ambition et une maîtrise remarquables pour l’époque. Plus globalement, ce revisionnage dans des conditions cinéma permet également de noter l'importance de la musique de Dominic Frontiere  ("Les Envahisseurs") participant à l'ambiance lugubre de certains épisodes. 

 

DIFFUSION ET REVIVAL

 

La série « Au-delà du réel » (The Outer Limits) a été diffusée pour la première fois aux États-Unis entre 1963 et 1965 sur la chaîne ABC. Ses audiences sont restées modestes, la plaçant derrière les grandes fictions concurrentes de l’époque, ce qui a contribué à son arrêt après deux saisons malgré son influence durable.

 

Discrète côté résultats d'audience en France, la série devra attendre 1999 pour être diffusée en intégralité (sur 13e Rue), même  si quelques épisodes apparaissent ici et là, en désordre, sur une chaîne ou une autre tout au long des années 1980 et 1990. 

 

Quand Show Time, aux Etats-Unis, entreprendra une nouvelle mouture d'Au-delà du réel" en 1995, elle fera appel au créateur original Leslie Stevens pour qu'il endosse la responsabilité de consultant, une manière élégante d'associer le créateur d'une série originale à sa renaissance, comme Glen A. Larson le sera avec "Battlestar Galactica" en 2003.  Le revival de ce classique connaîtra un succès important, la version de 1995 s'étalera sur sept saisons et 154 épisodes. Mais ça c'est une autre histoire.... 

 

Sources : 

"Le guide des séries de science-fiction : de 1959 à nos jours " - Romain Dasnoy - Vivien Le Jeune - Sébastien Mirc (2018)

"Dictionnaire des séries télévisées" sous la direction de Nils C. Ahl et Benjamin Fau 

 

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