John Rhys-Davies : l'explorateur des mondes

Avec près de 300 rôles à son actif, John Rhys-Davies est l’un de ces acteurs immédiatement reconnaissables par sa prestance et sa voix, l’un des visages familiers du cinéma populaire. Outre sa contribution à "Sliders", l’acteur compte parmi ses rôles les plus connus la participation à des grandes franchises cinématographiques telles que « Le Seigneur des anneaux », « Indiana Jones » ou encore « James Bond ». Silver Screen revient sur le parcours de ce passionné. 

 

LES PREMIERS PAS A LA ROYAL ACADEMY OF DRAMATIC ARTS 

 

John Rhys‑Davies est né à Salisbury, en Angleterre, le 5 mai 1944, au moment où la ville subissait une terrible attaque aérienne. Selon la légende familiale, sa mère, en train d'accoucher se serait écriée devant son père "Grand Dieu, Rhys, ils vont nous bombarder!". Elevé par une mère infirmière et un père ingénieur - officier colonial, entre l'Angleterre, l'Afrique et les Pays de Galles, John revendique très tôt des racines galloises. Sur les planches, il commence à 13 ans en jouant Shakespeare à la Truro School de Cornouailles, avant de poursuivre à l’Université d’East Anglia où il fonde la Dramatic Society of UEA Norwich. Il entre ensuite au Maddermarket Theatre de Norwich, y enseigne un an, puis décroche en 1969 son diplôme de la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Arts (RADA), point de départ d’une carrière scénique impressionnante : plus d’une centaine de pièces et vingt-six signées Shakespeare.

 

LES ANNEES 1970 : DES PREMIERS ROLES DISCRETS

Le cinéma le découvre tardivement : un petit rôle, même pas crédité, dans « Contre une poignée de diamants » de Don Siegel en 1974, où son personnage meurt avant le générique. Cette apparition furtive inaugure pourtant un modèle qui va longtemps se répéter : des partitions brèves mais marquantes, qui installent son physique massif et sa voix tonitruante dans l’esprit du public. La télévision britannique, elle, le repère très vite : en 1976, il incarne Macro dans la mini-série historique « Moi Claude empereur », première étape d’une longue familiarité avec les grandes fresques télévisées.

 

  

DE SHOGUN A INDIANA JONES

C’est « Shogun », en 1980, qui sert de véritable tremplin international. Rhys-Davies y joue Vasco Rodrigues, marins bravache et flamboyant, dans cette superproduction télé qui lui vaut une nomination aux Emmy Awards et, surtout, l’attention de Steven Spielberg. Le réalisateur, séduit par ce mélange d’autorité comique et de chaleur humaine, lui propose alors de créer Sallah, l’excavateur égyptien, ami et complice d’Indiana Jones, dans Les Aventuriers de l’arche perdue (1981). Spielberg lui demande un personnage « croisement entre Rodrigues et Falstaff » : un bourru généreux, capable de ponctuer les périls archéologiques de sa bonhomie et de son sens de la répartie.

 

Le succès du film fixe à jamais cette image : Sallah devient une figure tutélaire de la saga, que Rhys-Davies reprend dans « Indiana Jones et la Dernière Croisade » (1989) puis, plus de trente ans plus tard, dans « Indiana Jones et le Cadran de la destinée » (2023). Entre-temps, il multiplie les apparitions dans le cinéma d’aventures des années 1980, dans "Allan Quatermain" (où l’on sent la parodie assumée d’Indiana Jones) à "Victor Victoria" de Blake Edwards.

  

DES ROLES EMBLEMATIQUES AU PETIT ET GRAND ECRAN

 

L’autre grande franchise à faire appel à lui est James Bond. En 1987, dans "Tuer n’est pas jouer" avec Timothy Dalton, il incarne le général soviétique Leonid Pouchkine, personnage ambigu qui lui permet de moduler son imposante stature entre menace et ironie. La même année et jusqu’à la fin des années 1980, il se spécialise peu à peu dans ces seconds rôles charpentés qui donnent du relief aux intrigues : baron, trafiquant, chef de guerre, directeur du KGB. En 1989, il devient même Wilson Fisk, l'ennemi de Daredevil, dans le téléfilm « Le Procès de l’incroyable Hulk » réalisé par Bill Bixby, confirmant cette capacité à offrir une densité théâtrale à des archétypes de bande dessinée.

 

Les années 1990 marquent un tournant vers la télévision américaine. Il y tient le rôle de l’agent Michael Malone dans la série « Le Retour des Incorruptibles » (1993–1994), où sa carrure et sa diction shakespearienne donnent à la figure du flic intègre un parfum de tragédie classique. Mais c’est surtout la science-fiction qui va le rendre culte à une nouvelle génération avec l'inventive série « Sliders : Les Mondes parallèles » (1995–1997).

 

En Professeur Maximilian Arturo, mentor bougon et brillant d’une bande de voyageurs interdimensionnels, Rhys-Davies impose une figure de savant à l’ancienne, à la fois paternel, sarcastique et profondément moral. Il quittera malheureusement la série au cours de la troisième saison (il tourna dans 40 épisodes de la série), expliquant sans détour sa déception devant des scénarios qui abandonnent peu à peu la rigueur scientifique au profit de la « magie » et d’emprunts trop visibles à d’autres œuvres. Lecteur assidu du magazine New Scientist, il revendique une vision très exigeante de la science-fiction, qu’il considère comme un vecteur potentiel d’éducation et de vocations pour les jeunes spectateurs.

 

Parallèlement, il multiplie les expériences dans la télé de genre : apparition dans « Les Contes de la crypte » (1991), Léonard de Vinci holographique dans deux épisodes de « Star Trek: Voyager » (1997), où il apporte une fantaisie érudite à ce génie de la Renaissance réinventé en personnage récurrent.

UNE CARRIERE SUR DE MULTIPLES MEDIAS

L’empreinte de John Rhys-Davies ne se limite pas à l’écran. Sa voix chaude et granuleuse devient un instrument prisé des studios d’animation et des concepteurs de jeux vidéo dès le milieu des années 1990. En 1996, il incarne Cassim, le père d’Aladdin, dans le film Disney « Aladdin et le Roi des voleurs », donnant au personnage un mélange de truculence paternelle et de mélancolie d’aventurier vieillissant.

 

Il enchaîne ensuite les doublages : mammouth philosophe dans Cats Don’t Dance, incarnant des personnages dans "Batman", "Gargoyles", "La Ligue des justiciers" ou "Bob l’éponge". Dans l’univers vidéoludique, il prête ses traits et sa voix aux côtés de Mark Hamill à James « Paladin » Taggart dans "Wing Commander" III et IV, à un Mentat dans "Dune 2000", puis à Gimli dans les jeux adaptés du "Seigneur des anneaux", avant de revenir encore au nain dans The Lord of the Rings: Return to Moria en 2023. Passionné par l'exploration spatiale, il a également prêté sa voix à plusieurs films produits par le centre Goddard de la NASA, dont le court métrage "The fellowship ot Telescopes" qui met en scène les grands télescopes et la quête de mondes habitables.

 

LA CONSECRATION AVEC "LE SEIGNEUR DES ANNEAUX"

Au tournant des années 2000, son nom se lie à jamais à celui de Tolkien. Dans la trilogie de Peter Jackson, il campe le nain Gimli, membre de la Communauté de l’Anneau, et prête aussi sa voix à l’Ent Sylvebarbe. C’est la consécration mondiale : le succès planétaire des trois films ancre son visage, masqué sous les prothèses, dans la mémoire des spectateurs de tous âges, au point de lui valoir, avec le reste du casting, le Critics’ Choice Movie Award de la meilleure distribution pour Le Retour du roi en 2004.

 

Mais derrière l’icône se cache une expérience éprouvante. Rhys-Davies, qui avait déjà perdu la dernière phalange de son majeur droit dans un accident antérieur, doit porter une prothèse en latex, en plus d’un maquillage lourd qui lui dévore littéralement la peau. Il raconte avoir vécu ce tournage comme « le travail le plus solitaire » de sa carrière, au point de se retirer des interactions sociales, honteux de son visage abîmé. Une grande partie des scènes physiques de Gimli est d’ailleurs assurée par sa doublure, Brett Beattie, ce que l’acteur a souvent tenu à souligner, lui qui est paradoxalement le membre le plus grand de la Communauté à l’écran.

 

Conscient de l’ampleur du projet, Rhys-Davies se montre au départ méfiant, allant jusqu’en Nouvelle-Zélande avec la volonté cachée de trouver une raison de refuser. Il visite pourtant chaque département pendant deux semaines, constate que Peter Jackson a littéralement bâti une industrie cinématographique autour de ce tournage, et finit par devenir l’un des premiers au sein de l’équipe à prophétiser qu’ils tournent là « un chef-d’œuvre », promis à figurer parmi les grands films de tous les temps. Lors de la promotion des "Deux Tours" il déclara "J'ai fait trois prophéties dès la deuxième semaine de tournage : ces films allaient être plus grands que Star Wars, ils allaient être les plus gros succès de l'année au box office, et dans vingt ans, quand vous regarderez en arrière, vous direz :"Le Seigneur des Anneaux" est un chef d'oeuvre".

UN ACTEUR DE CONVICTION, UN HOMME DE CONTREVERSES

En dehors des plateaux, John Rhys-Davies aime se présenter comme rationaliste et sceptique en matière de religion, passionné de science au point de ne jamais manquer un numéro de New Scientist. Mais ce goût de la parole libre l’a aussi entraîné sur un terrain complexe : au milieu des années 2000, certaines de ses déclarations sur l’islam et l’avenir démographique de l’Europe, au nom de la défense de la civilisation occidentale, lui valent polémique. L’acteur tente par la suite de clarifier sa position dans la presse conservatrice américaine, se disant avant tout opposé à l’islam radical au nom de valeurs comme l’égalité, la démocratie ou l’abolition de l’esclavage.

 

Dans la période récente, il a également ouvertement pris position sur la question de l’intelligence artificielle. John Rhys-Davies voit l’IA comme une menace majeure pour les acteurs et les métiers créatifs, capable de les remplacer en clonant visages et voix. Il la considère aussi comme un danger sociétal et existentiel, une « nouvelle espèce » pouvant un jour entrer en compétition directe avec l’humanité

 

UNE CARRIERE ECLECTIQUE ET UNE PROXIMITE AVEC LE PUBLIC

La filmographie de John Rhys-Davies s'avère très riche allant du blockbuster hollywoodien au téléfilm à petit budget. On y trouve Indiana Jones, James Bond, Le Seigneur des anneaux, mais aussi un chapelet de séries B, de films de guerre, de productions familiales et de séries  ("The Shannara Chronicles", "Metal Hurlant") où son nom sert souvent de gage de solidité dans la distribution.

 

En France, cette omniprésence passe beaucoup par le travail d’une constellation de doubleurs, notamment Jean-Claude Sachot, Benoît Allemane ou Vincent Grass qui prêtent tour à tour leur timbre à son image, au point de faire de lui un visage familier même pour ceux qui ignorent son nom.

 

Curieux du monde et de ses cultures, John Rhys-Davies profite de ses tournages et de ses conventions pour explorer les pays qu'il traverse, rencontrer les habitants et s'imprégner de leur histoire. Accessible et chaleureux, l'acteur raconte volontiers en interviews combien ces voyages nourrissent son jeu d'acteur, l'aident à façonner des personnages aux horizons variés et l'ont conduit, au fil des années, sur tous les contients. 

 

Loin de l’aura lisse des stars d’affiche, John Rhys-Davies aura construit, au fil des décennies, une carrière de caractère : celle d’un acteur de composition qui, qu’il incarne un nain belliqueux, un érudit grognon, un général soviétique ou un brillant professeur de physique, donne toujours la sensation d’avoir vécu mille vies avant d'en explorer une nouvelle.

 

Sources : 

Génération séries n°30 - 1999

Télé 7 jours - 1997

Le minuteur

Earthprime.com

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